Evénements en ligne

MATERIA [a part of Alias] par l’action de Jacopo Baboni Schilingi

 

Maya Maximovitch
réalisation des vidéos
conception de l’installation

 

Jacopo Baboni Schilingi
musique

Saison Numérique #5
Scène Numérique - Montbéliard 

Production :
Département du Doubs
Conservatoire de musique, de danse et d’art dramatique du Pays de Montbéliard
EMI Ensemble de Musique Interactive

MATERIA est un projet d'installation vidéo interactive qui traite des représentations de leur corps en mouvement qu'ont des femmes âgées. Ce projet est destiné à évoluer dans le temps, comme un travail que je ne cesse de renouveler au gré de mes rencontres, jusqu'à ce que j'ai moi-même 75ans et que je puisse clore le travail par mon propre portrait.

Dans cette première forme, MATERIA, c'est trois écrans verticaux de 190cm de haut sur 50 de large (comme un grand humain) seront plantés au sol, formant un cromlech. La parenté sensible et symbolique avec ces monuments du néolithique est pour moi essentielle. Ils demeurent mystérieux : nous n'en connaissons pas les usages originaux (bornes territoriales ? religieux ? calendriers ?). A-travers le temps, ils ont été l'objet de mythes, et de réutilisations. Par exemple, au VIème ap.J.-C., des femmes désireuses de se marier dansaient autour des menhirs pour leur forme phallique. Comment, pourquoi, tels des Sisyphes, des humains, sans moteur ou animal de trait, ont déplacé et érigé des pierres de plusieurs tonnes ? Cette question de la pénibilité d'une tâche qui peut sembler absurde, trouve une analogie avec la condition d'être une femme et des représentations de soi que cela exige de construire péniblement.

Sur chacun des écrans est projetée une composition vidéo : le portrait en action de sept femmes âgées de 60 à 99ans. Elles se prêtent à l'objectif ou se saisissent de lui pour (se) filmer. Le sujet de MATERIA est leur représentation d'elles-mêmes, de leurs corps marqués par le temps, à partir du plaisir qu'elles ont au jeu. 

Ma réflexion lorsque je filme est la suivante : quoi filmer, comment, comment impliquer les femmes, comment partir de leurs récits ?, dans un processus de prise de confiance, de non directivité du projet lors des tournages. 

S'engage en même temps une réflexion sur la verticalité qui change ma manière de construire les images, en termes de cadrage et de montage, mais aussi de réception face à l'habitude que nous avons gagnée des écrans de téléphone portable qui sont verticaux. Naît un autre rapport à l'image fabriquée avec deux doigts directement dans le creux de la main sur écran tactile pour moi qui ai d'habitude de lourdes caméras, qui sont à la fois une charge technique et physique. Mais aussi avec des images de soi et des autres qu'on a filmées avec notre téléphone et que nous avons l'habitude de visionner : debout face à elles, leur beauté fragile se révèle.  

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